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L'Amérique telle que je l'ai vue ( 3 )

par le .Docteur Louis HOLLENDER,

ancien élève du Collège épiscopal Saint-Etienne de STRASBOURG ( FRANCE )

Article paru dans L'ECHO de SAINT-ETIENNE, n° 1 et 2, Janvier et Avril 1953, 12è année

( Bulletin trimestriel de l'Amicale des Anciens Elèves du

Collège épiscopal Saint-Etienne de Strasbourg )

Les FIFTIES aux USA 1953


De la cuisine expéditive à l'indispensable confort matériel

La plupart des entreprises continuent à travailler entre midi et 2 heures. Néanmoins, le personnel a du temps "off" pour aller en vitesse à la "cafeteria" du coin prendre une légère collation. Curieuse organisation que celle d'une "cafeteria". C'est propre, pratique, rapide, bon marché, mais cela choque l'Européen attribué à son restaurant, à son bistrot, où il se sent un peu chez lui. Imaginez une grande salle avec de petites tables, sans nappe le plus souvent. Au fond de la salle un énorme buffet devant lequel des barres métalliques canalisent les clients.

A l'entrée du couloir ainsi créé, vous prenez un plateau, cuillère, fourchettes, couteau, puis vous défilez devant un ensemble de mets succulents tous impeccablement présentés, protégés et partout d'une propreté exemplaire. Vous faites votre choix ; au bout du "couloir" une caissière vous donne le décompte et vous fait payer. Puis, muni de votre petit plateau, plus ou moins garni, vous vous installez où vous voulez. C'est simple, mais impersonnel et trop expéditif. (1)

La nourriture américaine ? Certes, elle n'est pas tout à fait au goût des Français, mais il est faux de dire qu'elle soit mauvaise. Un de mes confrères parisiens, fin gourmet, avait assez bien résumé ce qu'au bout de quelques semaines nous ressentions tous : "Dans ce pays, je ne mange pas, je me nourris...". Il est vrai qu'on a l'occasion d'ingurgiter des mélanges assez curieux et dans l'ensemble les mets manquent de goût. Je me souviendrai toujours du jour où, avec un chirurgien lyonnais, nous étions attablés devant un plat au nom curieux et intraduisible dans notre langue, nous demandant s'il s'agissait de poulet ou d'escalope... Seul le chef de la "cafeteria" fut à même de nous renseigner !! Et pourtant, tous les aliments sont de première qualité, mais, comme me disait un Américain :" Nous avons les meilleurs aliments du monde, seulement ils sont cuits par les plus mauvais cuisiniers que la terre ait portés..." Je ne me serais jamais permis une telle remarque.

Mais alors, le bien-être américain ? S'il n'existe pas dans la recherche de la bonne chère, on le rencontre partout ailleurs. Dans toutes les familles il y a un frigidaire, un "deep freezer" - dans lequel on peut conserver les aliments pendant des mois - une machine à laver. Ceci est le minimum : nous ne parlerons pas des radios dont il existe un exemplaire dans presque toutes les les pièces - comment peut-on aimer le bruit à ce point ? - de l'inévitable appareil de télévision, de la salle de bain avec douche et de la voiture. C'est l'indispensable sans lequel une vie d'homme dans le sens le plus propre de ce terme est impensable pour un Américain. J'oubliais de mentionner l'air conditionné qui constitue cependant moins un luxe qu'une nécessité, car le climat, les intempéries sont extrêmes. Tout ceci, il le faut pour vivre et on l'achète, même si on ne dispose pas immédiatement de l'argent nécessaire. Toutes les maisons font largement crédit et moyennant 20, 30 ou 40 dollars par mois, vous pouvez jouir de tous les avantages matériels et tout le monde en profite largement. "Faire des économies ? Pourquoi ? Puisque nous avons une police d'assurance - accident - maladie - vie - qui intervient en cas de besoin", vous répondra l'Américain moyen.
(1) Avec prémonition, constatant d'ailleurs d'emblée ( cf. 1ère page, 1er paragraphe ) que les USA nous proposent "une sorte de préhistoire des temps à venir", l'ancien potache "stéphanois" Louis Hollender décrit très exactement, en 1953, ces "cantines" aujourd'hui largement répandues en Europe et rebaptisées "selfs" dans les écoles - notamment au Collège Saint-Etienne de Strasbourg...




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