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L'Amérique telle que je l'ai vue ( 4 )

par le .Docteur Louis HOLLENDER,

ancien élève du Collège épiscopal Saint-Etienne de STRASBOURG ( FRANCE )

Article paru dans L'ECHO de SAINT-ETIENNE, n° 1 et 2, Janvier et Avril 1953, 12è année

( Bulletin trimestriel de l'Amicale des Anciens Elèves du

Collège épiscopal Saint-Etienne de Strasbourg )

Les FIFTIES aux USA 1953


Les Américains aux petits soins

Que ce soit à Saint-Louis, à New York, à Boston, à Chicago, j'ai constaté dans tous les hôpitaux où j'ai travaillé des progrès remarquables, souvent sensationnels, et une organisation parfaite. Efficacité, sens du pratique, rendement maximum avec un minimum d'efforts, on retrouve dans la vie hospitalière ce qui caractérise l'ensemble de la vie américaine. L'originalité, l'audace des opérations effectuées et la perfection des résultats obtenus m'ont frappé ; des chances de guérison nouvelles, inespérées, s'offrent à bien des malheureux... Mais il n'est pas dans mon intention de parler ici de questions médicales bien qu'elles aient été le but de mon séjour.

Un mot mérite cependant d'être dit sur la fameuse Mayo Clinic de Rochester, de réputation internationale et unique en son genre. Rochester est une petite ville du Minnesota qui compte 25000 habitants. Elle doit son existence et sa prospérité aux innombrables malades venus de tous les coins d'Amérique et souvent des quatre continents pour s'y faire soigner. Toute la vie de la cité est centrée sur la fameuse clinique qui est une organisation purement privée. Celle-ci groupe 3200 lits, répartis dans quatre grands hôpitaux entourant un immense gratte-ciel qui sert de centre de diagnostic. Le plus grand de ces hôpitaux a un bloc opératoire avec 20 salles d'opération dans le prolongement l'une de l'autre et chaque jour on pratique à la "Mayo" une moyenne de 100 à 110 interventions majeures ! Les malades habitent dans les hôtels avant d'être hospitalisés et ,à peine convalescents, y retournent, car on manque en permanence de place. Chaque hôtel communique par souterrain avec les hôpitaux.

Persuadés que tout homme bien portant est un malade qui s'ignore, un bon nombre d'Américains se rendent à partir de la quarantaine, une fois pas an, à la Mayo Clinic pour s'y soumettre à un "check up", c'est-à-dire à une révision générale... Ils vont de spécialiste en spécialiste et si l'ensemble des examens est négatif, s'en retournent chez eux, rassurés jusqu'à l'année suivante...

 

Mourir aux U.S.A., dans les années 50 ...

Dans chaque quartier se dressent - parfois entre le bistrot italien et le "Delikatessen-shop" - des maisons plus ou moins somptueuses, portant, gravés en gros caractères, illuminés le soir au néon, les mots : "Mortuary Home" ( maison mortuaire ). Les morts sont amenés par leurs familles dans ces homes où on les embaume. On les revêt de leur toilette d'apparat après les avoir maquillés ; puis ils sont exposés à la curiosité de la famille et des amis avant d'être conduits au cimetière. La maison est dirigée par un "mortician", un spécialiste de l'embaumement. Arguant de ma qualité de chirurgien français, j'ai été autorisé à visiter un de ces établissements et à suivre les diverses manipulations auxquelles sont soumis les morts. Après avoir vidé son client, un peu comme un lapin, le morticien lui aspire son sang veineux, lui injecte du formol sous pression dans les artères, puis il le momifie. C'est là que se révélera son véritable talent grâce auquel le "client" ressemblera à un vivant, brillantiné, fardé, aux lèvres délicatement rosées. Il est ensuite déposé dans le salon rose, bleu ou violet, au choix... Fauteuils Louis XV, bergères, miroirs, poufs, tout est d'un chic "parfait"... Le jour de l'enterrement, le ministre du culte arrive. Sa petite valise à la main renferme les instruments de son office.

- Mr. Harvey ?

- 4è étage, 2è porte à gauche...

On monte, en ascenseur, bien entendu. La famille est là avec les amis du défunt. La cérémonie est expédiée en vitesse, le ministre refait sa valise et s'en va. Puis c'est le défilé devant le corps. Chez nous, les enterrements sont une occasion de "philosopher" sur la brièveté de la vie, la soudaineté de la mort et autres lieux communs. Aux U.S.A., vous entendez : " Comme Mr. Harvey est bien fardé ! Quel teint !" - " Oui, c'est tout à fait lui !" - " Moi, je lui trouve le front trop ridé." - " Mais pas du tout, répond le voisin. Je trouve que ce "mortuary home" fait vraiment très bien, on est si ressemblant !"

Psychologiquement, nous n'avons pas pu nous faire expliquer le pourquoi de cette curieuse pratique américaine et surtout de vouloir donner au mort une allure de vivant qui sommeille... Peur de la mort ? Fuite devant les déductions que pourrait entraîner la vue d'un cadavre ? Je l'ignore. Ceux auxquels j'ai posé la question m'ont répondu que c'est une coutume et une bonne coutume puisque tellement plus hygiénique que ce que nous faisons en France...


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