Amérindiens, amer destin...

au CANADA

 

Alors que l'Europe découvrait le Nouveau Monde au seizième siècle, l'Église catholique s'est penchée sur une épineuse question : les Indiens étaient-ils de véritables personnes ? En répondant oui à cette question, en 1537, le pape Paul III décrétait que les Indiens étaient capables de raisonner et qu'ils ne devaient pas être anéantis ou réduits à l'esclavage comme des bêtes de somme. Il n'était donc plus permis de tuer les Indiens comme des animaux, sous peine de commettre un péché mortel. L'Église a alors décidé que ces nouvelles âmes se devaient d'appartenir à Dieu et qu'il fallait évangéliser tous les Indiens des Amérique.

Sur les rives du fleuve Saint-Laurent, pendant des siècles, les missionnaires ont converti et baptisé de nombreux Autochtones, mais jamais ils ne purent annihiler la spiritualité de ces premiers habitants.

Au milieu du dix-neuvième siècle, plus précisément en 1857, le gouvernement de l'Union du Haut et du Bas-Canada adopta une loi pour favoriser l'assimilation des Autochtones en vertu du concept de l'émancipation. Selon cette méthode, tout Indien de sexe masculin de plus de 21 ans, parlant le français ou l'anglais et ayant une bonne éducation, pouvait être considéré comme un non-Indien, à la condition expresse qu'il renonce officiellement à sa culture et à son patrimoine.

Quelques années plus tard, l'émancipation, jusque là sur une base volontaire, devient obligatoire dans une circonstance précise. En effet, à compter de 1880, une nouvelle disposition de l'Acte des Sauvages, adopté en 1876, stipule que tout Indien qui obtient un diplôme universitaire est automatiquement émancipé.

C'est aussi à la même époque que fut établie la distinction entre "Indien inscrit" et "Indien non-inscrit". Les premiers désignent ceux qui sont enregistrés comme Indiens par le gouvernement fédéral, en vertu de la Loi, alors que les deuxièmes désignent ceux qui ne le sont pas. Précisons que, au niveau légal, le terme Indien désigne seulement les Amérindiens et n'englobe pas les Inuit qui sont de race et de culture différentes et qui ne sont pas concernés par la Loi sur les Indiens.

Toujours selon la loi de 1876, une femme blanche pouvait acquérir le statut d'Indienne inscrite en épousant un Indien inscrit. Par contre, une Indienne inscrite perdait son statut si elle épousait un non-indien, tout comme les enfants mis au monde par le couple. Au Québec, pendant longtemps, ces enfants ont porté le nom de Métis. Cette situation, totalement injuste envers les femmes autochtones, a eu cours pendant une centaine d'années...

En 1933, une nouvelle disposition de la loi autorisait le gouvernement fédéral à émanciper tous les Indiens qui correspondaient aux "critères". Dans une nouvelle Loi sur les Indiens, adoptée en 1951, la clause d'émancipation involontaire des Autochtones est maintenue. Il en est de même pour la perte de statut des femmes autochtones.

Cette perte de statut a également été élargie à différentes situations. Par exemple, l'entrée dans une communauté religieuse, l'exercice du droit de vote aux élections fédérales ou l'engagement dans l'armée étaient des motifs qui justifiaient l'émancipation d'un Indien. Et il y avait toujours l'obtention du baccalauréat universitaire qui entraînait une perte du statut et qui s'est avéré un véritable frein à la scolarisation des Autochtones.

En 1982, la nouvelle Loi sur les Indiens, sanctionnée par le parlement fédéral d'Ottawa, est enchâssée dans la nouvelle Loi constitutionnelle canadienne de 1982. Cette loi régissant les Autochtones a toujours cours. Elle a, entre autres, aboli ce concept d'émancipation visant l'assimilation et l'acculturation des Autochtones.

Trois ans plus tard, en 1985, une nouvelle disposition de la loi, la Loi C-31, a permis à beaucoup d'Autochtones qui avaient été dépossédés de leur statut de le recouvrer. Au Québec, entre 1985 et 1987, quelque 1155 femmes ont recouvré leur statut, alors que 6974 enfants ont aussi obtenu leur reconnaissance amérindienne. À ces femmes et à ces enfants se sont ajoutés des religieux, des universitaires, des militaires, des gens qui s'étaient prévalus de leur droit de vote. Bref tous ceux et celles qui avaient été émancipés involontairement ont pu retrouver l'identité dont ils avaient été dépouillés par l'État.

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Voyage en Paradoxie

CHIFFRES

44 millions d'indiens en Amérique latine

Lors de la découverte de l'Amérique, les Indiens étaient environ 100 millions sur l'ensemble du continent. Un siècle et demi plus tard, ils n'étaient plus que 4,5 millions. Ils sont aujourd'hui 47 millions dont plus de 44 en Amérique latine.

Aujourd'hui, en Amérique Latine, les Indiens sont aux portes du pouvoir... Opposés à la mondialisation et luttant pour un renouveau politique, ils se font de plus en plus offensifs dans des pays comme le Mexique et la Colombie. Pour en savoir plus, cliquez sur l'image représentant la couverture du Courrier International ( août 2003 ).
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